Dans l'Isthme de Tehuantepec, il n'y a pas de fête sans musique. Au cœur des velas, ces grandes célébrations traditionnelles, les fanfares et les sones font danser des quartiers entiers, du crépuscule jusqu'à l'aube. Septième volet de notre série consacrée à Oaxaca : la musique, âme des fêtes de l'Isthme.
Si la musique de l'Isthme se vit au quotidien, c'est lors des grandes fêtes qu'elle prend toute sa dimension. Là, elle n'accompagne pas seulement la célébration : elle en est le battement de cœur, le fil qui relie la foi, la tradition et la joie de vivre.
Dans l'Isthme, une fête sans fanfare serait comme un ciel sans étoiles.
Nous sommes le 12 décembre 1996 et tout le village, sans exception, se rend à la fête traditionnelle. Je parle de Lagunas, dans l'État d'Oaxaca, ce village qui m'a vu grandir.
En réalité, les festivités durent trois jours, et chaque célébration possède sa propre particularité. Ce sont des journées qui ont profondément marqué ma vie et qui demeurent intactes dans ma mémoire. Car certaines traditions ne s'oublient jamais : elles restent vivantes et continuent de nous accompagner, même lorsque les années passent et que la distance s'installe.

Et Lagunas ne fait pas exception. Ces célébrations s'inscrivent dans une tradition présente dans tout l'Isthme de Tehuantepec, où chaque village les vit à sa manière, mais toujours avec la même fierté et le même profond attachement à ses racines.
Les velas, grandes fêtes de l'Isthme
Les velas sont les célébrations les plus emblématiques de la région. Ces grandes fêtes populaires, à la fois religieuses et sociales, honorent les saints patrons de chaque quartier ou de chaque corporation de métier. Elles sont organisées par les mayordomías — des familles qui prennent en charge, à tour de rôle, la préparation de la fête. De la période coloniale à aujourd'hui, la tradition s'est enrichie sans jamais se perdre. D'avril à septembre, ce sont des dizaines de velas qui rythment l'année, et Juchitán en est le cœur incontesté. Chacune a son nom, sa date et son caractère, mais toutes partagent les mêmes ingrédients : la musique en direct, la danse, les habits de gala et une atmosphère de liesse incomparable.
La banda de viento, cœur battant de la fête
S'il fallait désigner l'élément indispensable de ces célébrations, ce serait sans hésiter la fanfare — la banda de viento. Présente à chaque instant, elle donne le ton du début à la fin. Elle ouvre la calenda, cette procession où les habitants défilent dans les rues en costume traditionnel. Elle anime la regada de frutas, le grand défilé de chars d'où l'on lance des fruits et des cadeaux à la foule. Et, bien sûr, elle fait vibrer le grand bal. Sans elle, la fête n'aurait tout simplement pas la même âme.
Les fêtes de l'Isthme en bref
Les velas : de grandes fêtes en l'honneur des saints patrons.
Quand : d'avril à septembre, tout au long de l'année.
La musique : la banda de viento, présente à chaque étape.
Les danses : les sones istmeños, en habits de gala.
L'esprit : la foi, la fête et le lien communautaire réunis.

Quand résonnent les premières notes de « La Sandunga », c'est tout un peuple qui se lève pour danser.
Des sones qui font danser tout un peuple
Au cœur de la fête, il y a la danse. Les sones istmeños — comme la célèbre « Sandunga », mais aussi « La Llorona » ou « La Tortuga » — font partie de l'âme de la région. Sur ces mélodies, les femmes paradent dans leur splendide traje de tehuana : huipil brodé, longue enagua et bijoux d'or qui scintillent à la lumière. Les hommes, eux, revêtent leur tenue traditionnelle. Le baile de gala devient alors un spectacle en soi, où l'élégance le dispute à la fierté. C'est une chorégraphie transmise de génération en génération, que petits et grands connaissent par cœur.



La musique, ciment de la communauté
Dans l'Isthme, les musiciens occupent une place à part. La région leur voue même une vela dédiée à sainte Cécile, la patronne des musiciens — preuve de l'importance qu'on accorde à leur art. Car au fond, la musique des fêtes va bien au-delà du divertissement. Elle scelle la cohésion d'une communauté où chacun participe, sans distinction. Elle préserve une culture, une langue et des savoir-faire que l'on se transmet fidèlement. Elle exprime une foi et une identité profondément zapotèques. À chaque vela, c'est un peu de l'âme de l'Isthme qui se rejoue et se perpétue.
Des fanfares qui ouvrent le bal aux sones que l'on danse jusqu'au petit matin, la musique est le fil d'or des fêtes de l'Isthme — celui qui relie, année après année, les cœurs et les générations.
À retenir
Au cœur des velas, les grandes fêtes de l'Isthme de Tehuantepec, la musique est reine : la banda de viento anime chaque instant, et les sones istmeños font danser des quartiers entiers en habits de gala. Bien plus qu'un divertissement, elle est le ciment d'une communauté et l'expression d'une fière identité zapotèque. Et vous, aimeriez-vous danser lors d'une vela ?
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