Il résistait depuis dix-sept ans. Dernier vestige d'une époque révolue, le record du monde du 200 mètres papillon passait pour inattaquable — jusqu'au 5 juillet, quand une Torontoise de 19 ans l'a effacé dans la piscine olympique de Montréal. Summer McIntosh a réalisé ce soir-là le rêve qu'elle portait depuis l'enfance.
Certains chronos semblent appartenir à une autre ère. Celui-ci en était le symbole parfait : établi en 2009, il avait survécu à tout, y compris à l'interdiction des combinaisons qui l'avaient rendu possible. Il aura fallu une nageuse née après le tournant du siècle pour le faire tomber.
Un record de l'ère des combinaisons vient de tomber — battu, dix-sept ans plus tard, sans combinaison.
Le dernier record d'une époque révolue
Pour mesurer l'exploit, il faut remonter à octobre 2009. Cette année-là, la Chinoise Liu Zige signe un chrono de 2:01.81, en pleine « ère des combinaisons » — cette courte période où des maillots en polyuréthane offraient un avantage tel qu'ils ont fini par être bannis dès 2010. Des dizaines de marques établies alors sont tombées depuis. Pas celle-là : elle était devenue le plus ancien record du monde individuel encore en vigueur en natation féminine, et le tout dernier héritage de cette époque du côté des femmes. Détail savoureux : quand Liu Zige l'a établi, Summer McIntosh avait trois ans.
Une course maîtrisée de bout en bout
Le 5 juillet 2026, lors de la soirée d'ouverture des Essais canadiens de natation, la Canadienne a touché le mur en 2:01.65. Seize centièmes de moins que la marque de 2009, et trente-quatre centièmes retranchés à son propre record canadien. Partie très fort, elle a fait la différence dans le troisième cinquante mètres, avant de rentrer avec assurance sur les derniers appuis. « Dès que j'ai plongé, je me suis sentie incroyablement bien », a-t-elle confié après la course, saluant une foule qui l'a portée du début à la fin.
La course en bref
Le chrono : 2:01.65 au 200 m papillon.
L'ancien record : 2:01.81, établi par Liu Zige en 2009.
L'écart : seize centièmes de seconde.
Le lieu : piscine du Parc olympique de Montréal, le 5 juillet 2026.
Le podium : Mary-Sophie Harvey 2e, Clare Watson 3e.

Elle avait échoué à dix-huit centièmes l'été précédent. Un an plus tard, elle ne laissait plus rien au hasard.
Le rêve d'une enfant, patiemment poursuivi
La nageuse ne s'en est jamais cachée : de tous les records du monde, celui-là était le sien. Celui qu'elle visait depuis toute petite. L'été précédent, aux Championnats du monde de Singapour, elle en avait frôlé la marque — dix-huit centièmes lui avaient manqué. Un échec de rien du tout, qui a suffi à transformer l'objectif en évidence. Le succès, cette fois, n'a rien d'un coup de chance : c'est l'aboutissement d'années de travail sur une distance qu'elle domine déjà, elle qui en est championne olympique et championne du monde en titre.
Quatre records du monde à 19 ans
Summer McIntosh détient désormais le record mondial de quatre épreuves : les 200 et 400 mètres quatre nages, le 400 mètres libre et, maintenant, le 200 mètres papillon. Il s'agit du septième record du monde en grand bassin de sa jeune carrière, à laquelle s'ajoutent trois titres olympiques et huit titres mondiaux. Sa trajectoire illustre l'élan formidable du sport féminin canadien de haut niveau — un mouvement qu'on retrouve ailleurs, du basketball avec le Toronto Tempo au soccer avec la Northern Super League.
Montréal, cinquante ans après 1976
Le lieu ajoute au symbole. Pour la première fois en quatorze ans, les Essais canadiens se tenaient au Parc olympique de Montréal — là même où, il y a cinquante ans, les Jeux de 1976 avaient vu les nageurs canadiens décrocher huit des onze médailles du pays. Natation Canada en avait profité pour honorer les athlètes et les entraîneurs de cette équipe historique. Plus intime encore : c'est dans ce même bassin que la mère de Summer McIntosh, elle-même nageuse, avait battu un record canadien en 1985. Quarante et un ans plus tard, sa fille y écrivait une page mondiale.
Et maintenant ?
Ces Essais servaient de qualification en vue des Championnats pan-pacifiques, prochaine grande échéance de la saison. Une chose est sûre : à 19 ans, la nageuse torontoise n'a visiblement pas fini de bousculer les tablettes.
Certains records semblent appartenir à une autre époque — jusqu'au jour où quelqu'un refuse de le croire. Le 5 juillet, à Montréal, un rêve d'enfance a fini par rattraper l'histoire.

À retenir
À 19 ans, Summer McIntosh a effacé le plus vieux record du monde de la natation féminine, en nageant le 200 m papillon en 2:01.65 devant le public montréalais. Un exploit patiemment construit, dans la piscine où sa mère brillait quarante ans plus tôt. Et vous, quel exploit sportif canadien vous a le plus marqué cette année ?
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