Beaucoup imaginent le Canada comme un pays qui ne parle que deux langues : le français et l'anglais. La réalité est bien plus riche. D'un océan à l'autre, le pays chante aussi en inuktitut, en cri, en ojibwé, en mi'kmaq, en mohawk — et dans des dizaines d'autres langues. Premier volet d'une nouvelle série de La Touche, consacrée à ces musiques qui protègent une identité.
Après notre voyage au Mexique, dans l'isthme de Tehuantepec, notre nouvelle série pose ses valises plus près de chez nous. Car le Canada possède, lui aussi, un patrimoine linguistique d'une richesse exceptionnelle — souvent méconnu, et pourtant bien vivant. Ce parcours ne sera pas seulement géographique : il sera avant tout humain.
Chaque langue qui survit est une manière unique de comprendre le monde qui continue de vivre.

Un pays aux dizaines de langues
Bien avant l'arrivée des Européens, le territoire aujourd'hui appelé Canada résonnait déjà de dizaines de langues. Elles sont toujours là. Selon Statistique Canada, plus de 70 langues autochtones y sont encore parlées, réparties en une douzaine de familles linguistiques. Certaines existent et évoluent depuis des milliers d'années — bien plus longtemps que le français ou l'anglais. À ces langues des premiers peuples s'ajoutent les deux langues officielles, ainsi que les centaines de langues apportées par l'immigration. Le Canada est, au sens le plus littéral, un pays polyphonique.
Des langues bien vivantes
Parmi ces langues, plusieurs demeurent solides. Le cri, l'ojibwé et l'inuktitut comptent encore des dizaines de milliers de locuteurs, et l'inuktitut occupe une place centrale dans la vie quotidienne du Nord. D'autres langues, en revanche, sont bien plus fragiles : le haïda, le tlingit ou le kutenai ne sont plus parlés que par une poignée de personnes, souvent âgées. La situation varie énormément d'une communauté à l'autre — mais partout, une même volonté se manifeste : celle de transmettre.
Le Canada polyphonique en bref
Plus de 70 : le nombre de langues autochtones encore parlées au pays.
Une douzaine : le nombre de familles linguistiques autochtones.
Des millénaires : certaines de ces langues existent depuis des milliers d'années.
Les plus vivantes : le cri, l'ojibwé et l'inuktitut.
Sans oublier : les deux langues officielles et les langues de l'immigration.

Une langue n'est pas seulement un moyen de communiquer : elle est la mémoire vivante d'un peuple.
Une histoire qu'il faut regarder en face
Si tant de ces langues sont aujourd'hui fragilisées, ce n'est pas le fruit du hasard. Pendant des générations, des politiques d'assimilation ont découragé, puis activement interdit, l'usage des langues autochtones — brisant une transmission qui durait depuis des siècles. Reconnaître cette histoire fait partie du chemin vers la vérité et la réconciliation. Et c'est précisément sur cette toile de fond que le renouveau actuel prend tout son sens : il est aussi un acte de résilience.
Le renouveau : quand la langue se transmet à nouveau
Car la bonne nouvelle est là. Partout au pays, les communautés autochtones mènent un formidable travail de revitalisation. Des écoles d'immersion enseignent les langues dès la petite enfance ; des « nids linguistiques » réunissent les aînés et les tout-petits ; des applications, des cours en ligne et des ressources numériques rejoignent les jeunes générations. Les aînés, gardiens de la mémoire, y jouent un rôle irremplaçable. Et, très souvent, cette transmission passe par la musique : un chant de gorge inuit, le rythme d'un tambour, une chanson en langue ancestrale valent parfois mieux que bien des manuels.
Un voyage d'un océan à l'autre
C'est ce voyage que nous vous proposons d'entreprendre. Dans les prochains reportages, nous irons à la rencontre des Premières Nations, des Inuit et des Métis ; nous écouterons le Québec et l'Acadie chanter leur identité ; nous tendrons l'oreille vers l'Atlantique, les Prairies et le Pacifique ; et nous verrons comment l'immigration a enrichi, elle aussi, le grand concert canadien. Un pays tout entier qui, à sa manière, a choisi de s'écouter.
Car chaque langue qui disparaît emporte une façon unique de voir le monde. Et chaque chanson qui survit est une victoire de la mémoire collective.
À retenir
Le Canada ne chante pas qu'en français et en anglais : plus de 70 langues autochtones y résonnent encore, aux côtés des langues de l'immigration. Fragilisées par l'histoire, elles renaissent aujourd'hui grâce aux communautés, à l'école et à la musique. Première étape d'une série de La Touche à travers un pays étonnamment polyphonique. Et vous, connaissiez-vous cette richesse ?
La Touche | Regard Positif sur le Monde