Chez les Premières Nations, la musique n'est pas seulement un art : elle est mémoire vivante. Au son du tambour, des chants vieux de plusieurs siècles racontent l'histoire des peuples, honorent les ancêtres et rassemblent les générations. Deuxième volet de notre série « Quand une chanson protège une identité », à la rencontre de ces voix qui font battre le cœur de la mémoire.
Après avoir découvert la richesse linguistique du Canada, notre voyage se poursuit auprès des Premières Nations. Ici, chanter et jouer du tambour, c'est bien plus que faire de la musique : c'est transmettre, se souvenir et affirmer qui l'on est.
Je ne me souviens ni du jour ni de l’heure exacte de ce moment, mais je me rappelle que c’était en octobre 2002. Je me promenais sur le campus de l’Université d’Ottawa pendant que mon épouse y poursuivait ses études.
Pour être plus précis, je ne vivais dans ce pays que depuis quatre ou cinq mois. Rien n’avait été simple : apprendre le français et l’anglais, m’adapter à une nouvelle culture et commencer une vie loin de ma terre natale. Mais cela, c’est une autre histoire.
Ce dont je me souviens avec une précision absolue, c’est qu’au cours de cette promenade, j’ai eu l’occasion de découvrir, tout à fait par hasard, un groupe issu des Premières Nations du Canada.
Au loin, j’ai entendu le son des tambours accompagné de chants que je n’avais encore jamais entendus. Poussé par la curiosité, j’ai décidé de m’approcher. Lorsque je suis finalement arrivé sur place, mon émerveillement fut immense : devant moi se déroulait un pow-wow dans toute sa splendeur.
Cette scène est restée profondément gravée dans ma mémoire. Émerveillé par ce que je voyais et entendais, je n’ai pu m’empêcher de me demander :
— Qu’est-ce que c’est? Je me suis approché de quelqu’un et lui ai demandé en anglais :
— What’s that?
La réponse était simple, mais elle eut pour moi une force immense :
— This is traditional music from the Indigenous peoples of Canada, deeply rooted in this country.

Je suis resté bouche bée, essayant d’assimiler ce qui se déroulait devant moi. Je n’écoutais pas seulement de la musique. Je découvrais une tradition transmise de génération en génération.
Moi, cet Oaxaquénien qui se trouvait loin de sa culture, je vivais quelque chose hors du commun : j’étais témoin d’un trésor culturel que l’on n’a peut-être pas la chance de contempler tous les jours.
Ce voyage, commencé dans la région zapotèque de l’État d’Oaxaca et prolongé jusqu’à un pow-wow au Canada, fut bien plus qu’une expérience personnelle. À cet instant, j’ai découvert une profonde similitude entre deux cultures.
J’ai compris que leurs langues, leurs chants et leurs traditions ne sont pas seulement précieux en raison de l’histoire qu’ils préservent, mais aussi pour les voyages qu’ils nous permettent d’accomplir en quelques secondes : des traversées qui semblent ne jamais se terminer et qui peuvent relier deux peuples, deux cultures et deux nations.
C’était le son des Premières Nations du Canada. C’était le battement du pow-wow, la voix des ancêtres et, en même temps, une source d’inspiration pour les nouvelles générations et la musique contemporaine.
Chez les Premières Nations, la musique n’est pas seulement un art : elle est une mémoire vivante. Au rythme du tambour, des chants vieux de plusieurs siècles racontent l’histoire des peuples, rendent hommage aux ancêtres et rassemblent les générations.
Deuxième chapitre de notre série « Quand une chanson protège une identité », à la rencontre de ces voix qui font battre le cœur de la mémoire.
« Lorsque les chanteurs battent le tambour, c'est le cœur de la Terre-Mère qui retentit. »
Le tambour, cœur battant de la mémoire
Au centre de bien des traditions musicales autochtones se trouve le tambour. Fabriqué à partir d'une peau tendue sur un cadre de bois, il produit un rythme profond, souvent décrit comme le battement de cœur de la Terre. Bien plus qu'un instrument, il porte une dimension spirituelle : même utilisé dans un cadre festif, il conserve un caractère sacré. Le tambour accompagne les rassemblements, les célébrations et les moments importants de la vie communautaire — un fil sonore qui relie les vivants, les ancêtres et le territoire.
Des chansons qui traversent les siècles
La grande particularité de ces musiques, c'est leur mode de transmission : l'oralité. De génération en génération, les chants passent de bouche à oreille, sans partition. Certains existent depuis des centaines d'années — parfois plus de quatre siècles. D'autres naissent d'une inspiration personnelle, ou sont « reçus » lors d'un rêve ou d'une vision. Il n'existe pas une seule musique autochtone, mais une extraordinaire diversité : chants de tambour, chants de danse en rond, chants de pow-wow, chants de hochet, chants de jeux de mains… Chaque nation possède ses mélodies, ses techniques vocales et ses significations propres.
La musique des Premières Nations en bref
L'instrument phare : le tambour, souvent comparé au battement de cœur de la Terre.
La transmission : orale, de génération en génération, sans partition.
L'ancienneté : certains chants ont plus de 400 ans.
La diversité : chaque nation a ses chants, ses rythmes et ses sens.
Le rôle : se souvenir, rassembler, transmettre et affirmer son identité.




Un chant qui se transmet, c'est une mémoire qui refuse de s'éteindre.
Une histoire de résilience
Cette transmission n'a pourtant pas toujours été libre. Pendant des générations, des politiques d'assimilation et le système des pensionnats ont cherché à faire taire les langues, les cérémonies et les musiques autochtones. Beaucoup de savoirs ont été fragilisés. C'est ce qui rend le renouveau d'aujourd'hui si fort : pour de nombreux membres des Premières Nations, reprendre le tambour et réapprendre les chants est un véritable geste de réappropriation — une manière de renouer avec une culture que l'on a tenté d'effacer. Reconnaître cette histoire fait partie du chemin vers la réconciliation.
Quand la tradition rencontre la modernité
Loin de rester figée, cette musique dialogue avec son époque. Des artistes des Premières Nations mêlent aujourd'hui les chants et les tambours traditionnels aux sonorités contemporaines. Le duo The Halluci Nation (autrefois A Tribe Called Red), originaire d'Ottawa, a inventé un style baptisé « pow-wow-step », en fusionnant chants de pow-wow, électro et hip-hop — un succès récompensé aux prix JUNO. De son côté, le ténor wolastoqiyik Jeremy Dutcher compose des œuvres saluées qui font revivre sa langue et les enregistrements de ses ancêtres. Partout au pays, de jeunes musiciens, des groupes de pow-wow et des chanteurs perpétuent cet héritage tout en lui donnant une voix nouvelle.
La mémoire qui continue de battre
Chaque été, les pow-wow rassemblent les communautés dans un tourbillon de chants, de danses et de couleurs. Les jeunes générations s'approprient les tambours, apprennent les chants de leurs aînés et les partagent aujourd'hui jusque sur les réseaux sociaux. La musique des Premières Nations démontre ainsi une vérité simple et puissante : tant que le tambour résonne, la mémoire d'un peuple continue de vivre.
Des chants portés par le tambour, une mémoire transmise de cœur à cœur : chez les Premières Nations, la musique est le fil d'or qui relie le passé à l'avenir.
Les Femmes au Tambour de Wendake - AHSONTA' ANNIKOUYA ANOYE.
À retenir
Chez les Premières Nations, la musique fait vivre la mémoire : au son du tambour, des chants transmis oralement depuis des siècles racontent l'histoire des peuples. Fragilisée par l'histoire, cette tradition renaît avec force, portée par les pow-wow et par des artistes qui unissent racines et modernité. Et vous, aviez-vous déjà entendu le battement d'un tambour de pow-wow ?
La Touche | Regard Positif sur le Monde