Dans le Grand Nord canadien, des dizaines de communautés vivent encore entièrement au diesel — un carburant coûteux, polluant, acheminé de très loin. Mais les choses changent, et ce sont les nations autochtones qui montrent la voie. Au Manitoba comme au Nunavut, les premiers microréseaux à énergie renouvelable voient le jour, dirigés par des Premières Nations et des Inuits. Portrait d'une révolution tranquille.
Loin des grands réseaux électriques, de nombreuses communautés nordiques n'ont longtemps eu qu'une seule option pour s'éclairer et se chauffer : le diesel. Il faut le transporter par bateau, par avion ou par route de glace, à grands frais, avec les émissions que cela suppose. C'est cette dépendance que des projets récents entendent briser — en misant sur le soleil, le vent et les batteries.
Remplacer le diesel par le soleil, ce n'est pas qu'une question d'environnement : c'est une question d'autonomie, de coûts et de dignité.
Au Manitoba, la Nation Sayisi Dene ouvre la voie
Direction Tadoule Lake, dans le nord du Manitoba, une communauté hors réseau. La Nation Sayisi Dene y a obtenu 21,6 millions de dollars du fédéral pour bâtir le tout premier microréseau à énergie renouvelable intégré de la province. Le principe : des panneaux solaires bifaciaux, un système de batteries et un contrôleur intelligent, reliés à la centrale au diesel existante. Une fois mis en service, à l'automne 2026, ce microréseau devrait réduire les émissions d'environ 500 tonnes de CO₂ par année et, surtout, faire baisser la facture d'électricité de la communauté. Fait notable : le projet est dirigé par la Nation elle-même, qui prévoit réinvestir les revenus du solaire dans ses propres besoins — et partager son expérience avec d'autres communautés hors réseau.

Au Nunavut, une transition menée par les Inuits
Même élan, plus au nord. En juin 2026, Ottawa a annoncé 17,2 millions de dollars pour soutenir quatre projets d'énergie renouvelable au Nunavut, tous portés par des organisations inuites. À Rankin Inlet, on teste le premier système solaire-batterie du territoire capable de fonctionner de façon autonome, déconnecté du réseau. Ailleurs, des études préparent un microréseau solaire-éolien-batterie pour les communautés de Sanirajak, Kinngait et Qausuittuq, avec l'objectif de réduire de plus de moitié le recours au diesel. À Iqaluit, un nouvel hôtel deviendra une vitrine de microréseau arctique, alliant solaire et thermopompes. Et une aide est prévue pour accélérer les projets dans les 25 communautés du territoire encore dépendantes du diesel.
Sortir du diesel : les projets en bref
Manitoba : 21,6 M$ pour le microréseau solaire-batterie de la Nation Sayisi Dene, à Tadoule Lake.
L'impact : environ 500 tonnes de CO₂ en moins par année, dès l'automne 2026.
Nunavut : 17,2 M$ pour quatre projets renouvelables menés par des Inuits.
L'objectif : réduire de plus de 50 % le diesel dans certaines communautés.
Le fil conducteur : des projets dirigés par et pour les communautés autochtones.

Quand le savoir et les décisions des communautés sont au cœur des projets, l'énergie propre devient aussi un moteur de prospérité locale.
Pourquoi le diesel pose problème
Pour bien saisir l'enjeu, il faut comprendre la réalité de ces communautés. Faute d'être reliées au grand réseau électrique, elles doivent produire leur propre courant — et le diesel a longtemps été la seule solution fiable. Mais ce carburant doit être importé sur de longues distances, ce qui le rend cher et vulnérable aux aléas de transport, sans parler de son empreinte environnementale. À lui seul, le Nunavut consomme plus de 54 millions de litres de diesel par an, uniquement pour produire de l'électricité. Le solaire, l'éolien et le stockage offrent une alternative plus propre, plus stable et, à terme, moins coûteuse.
Une transition menée par et pour les communautés
Mais le plus beau, dans ces projets, tient peut-être à qui les porte. Il ne s'agit pas d'initiatives imposées de l'extérieur, mais bien de projets conçus, dirigés et souvent détenus par les Premières Nations et les Inuits eux-mêmes. Les retombées — revenus, emplois, savoir-faire — restent dans les communautés, qui gagnent en autonomie énergétique. Chacun de ces microréseaux devient aussi un modèle, une preuve concrète que la transition est possible même dans les conditions les plus rudes. Une manière d'allier action climatique, sécurité énergétique et affirmation des communautés du Nord.
Du nord du Manitoba aux confins du Nunavut, une même lumière se lève : celle de communautés qui reprennent, une batterie à la fois, la maîtrise de leur avenir énergétique.
À retenir
Au Manitoba et au Nunavut, des Premières Nations et des Inuits bâtissent les premiers microréseaux renouvelables du Grand Nord pour remplacer le diesel. Solaire, éolien et batteries au service de communautés plus propres, plus autonomes et fières de mener elles-mêmes cette transition. Une belle preuve que l'avenir énergétique se construit aussi loin des grandes villes.
La Touche | Regard Positif sur le Monde