Au Québec, le théâtre jeunesse fait face à une réalité paradoxale : plus une compagnie donne de représentations, plus elle perd de l’argent. Joachim Tanguay, président de Théâtres unis enfance jeunesse (TUEJ), souligne que ce problème a toujours existé, mais la pandémie l’a mis en lumière. « Un mégasuccès en théâtre jeunesse devient une mégaperte financière », explique-t-il.
Malgré des cachets d’interprètes relativement stables – 220 $ par représentation entre 2007 et 2020, avant de baisser à 210 $ en 2022-2023 –, les compagnies et les diffuseurs continuent d’accumuler des pertes. Les diffuseurs peuvent perdre entre 471 $ et 1864 $ par représentation, tandis que les compagnies, au lieu de générer des revenus, paient en moyenne 134 $ par spectacle.
Un enjeu pour le futur du public culturel
Selon une étude de Daigle Saire (2022), il existe un lien direct entre l’exposition au théâtre dans l’enfance et la fréquentation culturelle à l’âge adulte. Investir dans le théâtre jeunesse, c’est donc former le public de demain. Cependant, le modèle d’affaires actuel oppose le succès artistique à la viabilité financière, un problème déjà soulevé par André Leclerc en 2021.
Quelles solutions pour sortir de la crise ?
Face à cette impasse, une nouvelle étude commandée par TUEJ et dévoilée lors de RIDEAU propose plusieurs pistes :
- Augmenter le prix des billets, passant potentiellement de 10 $ à 16 $.
- Augmenter les cachets des artistes.
- Accroître les aides financières aux diffuseurs et producteurs.
- Renforcer les budgets pour les sorties culturelles scolaires.
Joachim Tanguay souligne que la faible capacité des salles pour jeunes enfants et le besoin d’intimité du public limitent la rentabilité des spectacles. Il appelle à une meilleure coordination entre le gouvernement, les organismes culturels et le milieu scolaire pour assurer un financement durable du théâtre jeunesse.
Malgré ces défis, Tanguay reste optimiste : la diversité des compagnies est signe de vitalité culturelle. Il craint cependant que les restrictions budgétaires actuelles n’affectent les spectacles plus audacieux, mettant en péril une offre théâtrale essentielle au développement du public de demain.



