Le bruit est assourdissant. Pas celui d’une foule en délire, mais celui, plus profond, d’un plafond de verre qui se pulvérise en mille morceaux. En ce mois de février 2026, le sport féminin au Canada n’est plus une cause à défendre, c’est une puissance économique et culturelle en pleine éclosion. L’époque où les athlètes féminines se battaient pour quelques miettes de visibilité médiatique semble révolue. Aujourd’hui, on parle d’arénas à guichets fermés, de droits de diffusion qui s’envolent et de commanditaires qui font la file. De la Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF) qui a transformé le paysage sur la glace à la nouvelle ligue de soccer qui s’apprête à faire de même sur le gazon, le début de l’année 2026 n’est pas un simple moment. C’est un point de bascule, l’aube d’une nouvelle ère où le sport se conjugue enfin, et durablement, au féminin.

La révolution sur la glace : la LPHF change la donne
Il y a à peine deux ans, l’idée semblait encore un rêve lointain. Une ligue de hockey professionnelle pour les femmes, avec de vrais salaires, une structure solide et une visibilité digne de ce nom. Aujourd’hui, en février 2026, la LPHF n’est plus un rêve, c’est un succès retentissant. Après une première saison historique, la ligue a non seulement prouvé sa viabilité, mais elle a dépassé toutes les attentes.
Les matchs des équipes de Montréal, Ottawa et Toronto se jouent régulièrement devant des milliers de spectateurs. Le Centre Bell et l’Aréna Scotiabank ont enregistré des records d’assistance pour un match de hockey féminin, non pas une fois, mais à plusieurs reprises. Les familles viennent en masse, les jeunes filles portent fièrement les chandails de leurs nouvelles idoles : Marie-Philip Poulin, Sarah Nurse, Hilary Knight. Ces noms ne sont plus seulement connus des initiés, ils sont devenus des figures populaires.

Ce qui a changé, c’est le modèle d’affaires. La LPHF n’est pas une ligue amateur améliorée, c’est une entreprise professionnelle, financée par des investisseurs qui croient au potentiel commercial du sport féminin. Les joueuses ont des contrats garantis, une assurance maladie, et n’ont plus besoin de cumuler deux ou trois emplois pour vivre de leur passion. Cette professionnalisation a un effet direct sur la qualité du spectacle. Le jeu est plus rapide, plus physique, plus excitant que jamais. Les diffuseurs, comme Radio-Canada/CBC et TSN/RDS, ont suivi, offrant une couverture nationale qui alimente l’engouement. Le cercle vertueux est enclenché : la visibilité attire les partisans, les partisans attirent les commanditaires, et les commanditaires financent le développement de la ligue.
L’effet d’entraînement : le soccer et le basketball emboîtent le pas
Le succès de la LPHF a eu un effet d’entraînement spectaculaire sur l’ensemble de l’écosystème sportif canadien. Il a prouvé qu’il existait un marché pour le sport féminin professionnel, et que le public était prêt à payer pour le voir. Cette preuve de concept a donné des ailes à d’autres projets longtemps en gestation.
Le plus attendu est sans doute celui de la nouvelle ligue de soccer professionnelle féminine, dont le coup d’envoi est prévu pour 2027. Portée par des figures emblématiques comme Christine Sinclair et Diana Matheson, la ligue a déjà annoncé ses premières franchises à Vancouver, Calgary et Toronto. L’enthousiasme est palpable. Après des années à voir ses meilleures joueuses s’exiler aux États-Unis ou en Europe, le Canada s’apprête enfin à offrir un débouché professionnel à ses talents locaux. Le succès de l’équipe nationale, championne olympique en titre, a créé une génération de jeunes partisanes qui n’attendent qu’une chose : pouvoir encourager un club de leur ville.
Le basketball n’est pas en reste. L’annonce de l’arrivée d’une franchise de la WNBA à Toronto pour la saison 2026 a été accueillie avec une ferveur immense. Le succès des Raptors a transformé le Canada en une nation de basketball, et la demande pour voir les meilleures joueuses du monde est énorme. La présence de joueuses canadiennes de premier plan en WNBA, comme Kia Nurse ou Bridget Carleton, ne fait qu’amplifier le phénomène. Le premier match à domicile s’annonce déjà comme l’un des événements sportifs les plus courus de l’année.
Investir au féminin : les commanditaires ont compris
Cette effervescence n’aurait pas été possible sans un changement de mentalité majeur dans le monde des affaires. Les entreprises canadiennes ne voient plus le sport féminin comme une œuvre de charité, mais comme une opportunité marketing de premier plan. Des marques comme Canadian Tire, Banque Scotia, Loblaws et Telus investissent des sommes record, non seulement dans les ligues professionnelles, mais aussi dans les programmes de développement à la base.
Pourquoi cet engouement ? Les raisons sont multiples. D’abord, le public du sport féminin est différent. Il est plus familial, plus diversifié et très engagé. S’associer au sport féminin, c’est projeter une image de marque moderne, inclusive et en phase avec les valeurs de la société. Ensuite, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les études montrent que les partisans de sport féminin sont plus susceptibles de soutenir les marques qui commanditent leurs équipes et leurs athlètes préférées. C’est un retour sur investissement tangible.

Cette nouvelle dynamique se reflète aussi dans les coulisses. On voit de plus en plus de femmes accéder à des postes de direction dans les organisations sportives, des agentes qui représentent les joueuses, des analystes et des commentatrices dans les médias. L’écosystème se féminise à tous les niveaux, créant un environnement plus accueillant et plus propice au succès.
Les défis demeurent, la lutte continue
Pourtant, il serait naïf de croire que la partie est gagnée. Malgré les progrès spectaculaires, des inégalités persistent. Les salaires dans les ligues féminines, bien qu’en hausse, restent sans commune mesure avec ceux de leurs homologues masculins. La couverture médiatique, en dehors des grands événements, est encore loin d’être paritaire. L’accès à des infrastructures de qualité et à des entraîneurs de haut niveau reste un défi pour de nombreuses jeunes filles, surtout dans les communautés rurales ou marginalisées.

Des organismes comme « Femmes et Sport Canada » continuent de jouer un rôle de chien de garde essentiel, publiant des données, interpellant les décideurs et proposant des solutions pour atteindre une véritable équité. Le combat pour des conditions de pratique sécuritaires, exemptes de harcèlement et d’abus, demeure également une priorité absolue.
En ce début d’année 2026, le sport féminin au Canada est à la croisée des chemins. Il a gagné la bataille de la légitimité. Il doit maintenant gagner celle de la pérennité. Les fondations sont solides, l’élan est puissant. Le défi des prochaines années sera de consolider ces acquis, de continuer à bâtir, et de s’assurer que l’enthousiasme actuel se transforme en un soutien durable, à tous les niveaux, du terrain de jeu de l’école primaire jusqu’aux plus grands arénas du pays. L’avenir du sport canadien s’annonce passionnant. Et il sera, sans l’ombre d’un doute, de plus en plus féminin.
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