Le 17 juin 2026, à Évian-les-Bains, l’histoire a peut-être tourné une page. Pour la première fois, les dirigeants des plus grands laboratoires d’intelligence artificielle de la planète ont partagé la table des chefs d’État du G7 — un déjeuner de travail inédit qui dit beaucoup sur le monde qui vient.
Il y a des images qui marquent une époque. Ce mercredi 17 juin, dans la salle à manger d’un hôtel d’Évian-les-Bains, au bord du lac Léman, une photo de groupe a circulé sur tous les écrans du monde : d’un côté, les chefs d’État des sept grandes puissances. De l’autre, les patrons des entreprises qui façonnent peut-être l’avenir de l’humanité.

Sam Altman pour OpenAI. Dario Amodei pour Anthropic. Demis Hassabis pour Google DeepMind. Arthur Mensch pour Mistral AI. Et sept autres dirigeants de la tech. En tout, onze représentants du secteur de l’intelligence artificielle, réunis autour de la même table que Donald Trump, Emmanuel Macron, Mark Carney, Giorgia Meloni, Ursula von der Leyen et leurs homologues.
Jamais cela ne s’était produit dans l’histoire du G7.
Pour la première fois dans l’histoire du G7, les patrons de l’IA s’assoient à la table des chefs d’État. Sur le papier, un coup de maître diplomatique. Dans les faits, le signe d’une transformation profonde du rapport entre technologie et pouvoir.
Un sommet placé sous le signe de l’IA
Le 52e sommet du G7 s’est tenu à Évian-les-Bains du 15 au 17 juin 2026, sous présidence française. Depuis le 1er janvier, la France pilote les travaux du groupe et Emmanuel Macron avait choisi d’y placer l’intelligence artificielle comme l’un des fils rouges de sa présidence — aux côtés de l’Ukraine, des tensions géopolitiques et de la protection des mineurs en ligne.
Le déjeuner de travail du mercredi 17 juin était donc attendu. Préparé de longue date par les équipes de l’Élysée, il visait à créer un espace inédit de dialogue entre ceux qui gouvernent les États et ceux qui développent les technologies qui redessinent nos sociétés. Une ambition simple à formuler, bien plus complexe à concrétiser.
Au menu des discussions : les infrastructures nécessaires au développement de l’IA, la régulation internationale, les risques liés aux modèles les plus puissants, et la protection des jeunes générations face aux usages des intelligences artificielles conversationnelles.
Les 11 dirigeants tech présents au déjeuner du 17 juin
| Sam Altman | PDG d’OpenAI (États-Unis) |
| Dario Amodei | PDG d’Anthropic (États-Unis) |
| Demis Hassabis | PDG de Google DeepMind (Royaume-Uni) |
| Arthur Mensch | PDG de Mistral AI (France) |
| Alex Wang | PDG de Meta AI (États-Unis) |
| Marc Benioff | PDG de Salesforce (États-Unis) |
| + 5 autres dirigeants | Aidan Gomez (Cohere), Robin Rombach (Black Forest Labs), Pratyush Kumar (Sarvam AI), Victor Riparbelli (Synthesia), Ren Ito (Sakana AI) |
La France, vitrine de l’ambition européenne en matière d’IA
Derrière l’organisation de ce déjeuner, il y a une stratégie claire de la part d’Emmanuel Macron : positionner la France — et l’Europe — comme un acteur incontournable de la course mondiale à l’intelligence artificielle. Un pari lancé bien avant Évian, avec le Sommet pour l’Action sur l’IA organisé à Paris en février 2025, et prolongé par le sommet Choose France du 1er juin 2026, qui avait rassemblé plus de 200 dirigeants d’entreprises de près de 50 nationalités.
Les chiffres sont impressionnants : Choose France 2026 a totalisé 93 milliards d’euros d’engagements d’investissement sur 71 projets, dont un engagement spectaculaire de SoftBank — jusqu’à 75 milliards d’euros pour financer 5 gigawatts de centres de données consacrés à l’IA sur le sol français, dont 45 milliards fermes d’ici 2031.
La présence d’Arthur Mensch, fondateur de Mistral AI, à la table du G7 aux côtés des géants américains incarne à elle seule l’ambition française : prouver que l’Europe peut produire ses propres champions de l’IA, capables de dialoguer d’égal à égal avec OpenAI ou Google DeepMind.
Inviter les patrons de l’IA à la table des chefs d’État, c’est reconnaître officiellement que les décisions les plus structurantes pour nos sociétés ne se prennent plus seulement dans les palais gouvernementaux.
Des discussions sérieuses dans un contexte tendu
Le déjeuner s’est tenu dans une atmosphère particulière. Quelques jours avant le sommet, l’administration américaine avait ordonné à Anthropic de suspendre l’accès à ses deux modèles les plus avancés pour tout ressortissant étranger — une décision qui a provoqué une onde de choc dans le secteur. Dario Amodei et Demis Hassabis ont profité du sommet pour appeler à la création d’une coalition menée par les États-Unis afin de définir des règles et des standards communs pour l’IA.
Les thèmes abordés autour de la table reflétaient la complexité du moment : comment financer les infrastructures colossales que réclame l’IA ? Comment réguler des technologies qui évoluent plus vite que les législations ? Comment protéger les jeunes générations face à des outils conversationnels de plus en plus puissants ? Et comment éviter que la course à l’IA ne creuse encore davantage les inégalités entre pays riches et pays émergents ?
Sur ce dernier point, les 56 entreprises et organisations présentes au G7 — des PME aux grands groupes — ont annoncé leur adhésion au Processus d’Hiroshima pour l’IA, s’engageant à partager publiquement leurs approches en matière de gouvernance et de gestion des risques.
Les quatre grandes priorités du G7 numérique 2026
- Transparence et gouvernance des systèmes d’IA
- Protection des mineurs en ligne et face aux IA conversationnelles
- Accès équitable à l’IA, notamment via les modèles open source
- Sécurité des infrastructures numériques et lutte contre les cybermenaces
Une feuille de route commune pour une « IA de confiance » avait déjà été adoptée par les ministres du Numérique du G7 le 1er juin 2026, dans la continuité du Sommet pour l’Action sur l’IA de Paris de février 2025.
Un signal fort, au-delà des discours
Au-delà des communiqués et des engagements chiffrés, ce qui reste de ce 17 juin est peut-être quelque chose de plus symbolique. Le fait même que les gouvernements des sept grandes économies mondiales aient choisi d’asseoir les dirigeants de l’IA à leur table — et non de les recevoir séparément, en marge — dit quelque chose d’important sur la place que ces entreprises occupent désormais dans les équilibres du monde.
Donald Trump, qui a qualifié le sommet d’Évian de « l’un des plus réussis » de l’histoire du G7, a quitté la Haute-Savoie le soir même pour un dîner de gala avec Emmanuel Macron au château de Versailles — un cadre choisi pour célébrer le 250e anniversaire de l’indépendance américaine. Entre les ors de la galerie des Glaces et les rives du lac Léman, une semaine diplomatique exceptionnelle s’achevait.
Et si la vraie nouveauté d’Évian n’était pas ce qui s’est décidé autour de cette table, mais le fait qu’elle ait existé ?
La Touche | Regard Positif sur le Monde
