79
Views

Personne ne l’a repêché. Plusieurs équipes l’ont jugé trop petit, trop ordinaire. Puis Jonathan Marchessault est devenu champion de la Coupe Stanley — et meilleur joueur des séries. L’histoire d’un outsider qui n’a jamais cessé d’y croire.

Lorsqu’il avait 18 ans, personne ne se battait pour l’obtenir. Aucun directeur général ne montait au micro pour prononcer son nom. Aucune équipe ne voyait en lui une future vedette.

Cette année-là, alors que des centaines de jeunes joueurs rêvaient d’être sélectionnés au repêchage de la LNH, Jonathan Marchessault attendait lui aussi son tour. Les rondes passaient. Puis les heures. Et finalement, le verdict est tombé : personne ne l’avait choisi.

Pour plusieurs jeunes athlètes, un tel moment représente la fin d’un rêve. Pour lui, ce n’était que le début d’une longue bataille.

Il était bon. Mais pas assez. Toujours ce fameux « pas assez ». Pas assez grand, pas assez imposant, pas assez intéressant pour mériter un choix.

Jonathan Marchessault

Trop petit, pas assez prometteur

À l’époque, les recruteurs répétaient souvent les mêmes arguments. Il était talentueux, rapide, combatif. Mais selon plusieurs observateurs, il n’avait pas le gabarit idéal pour réussir au plus haut niveau. Dans un sport où la taille et la puissance occupaient encore une place importante, peu d’équipes étaient prêtes à miser sur un attaquant de 5 pi 9 po (1,75 m).

Marchessault entendait constamment le même refrain. Pourtant, ceux qui l’ont côtoyé à cette époque se souviennent d’un joueur incapable d’abandonner.

Continuer quand personne ne croit en vous

Après avoir été ignoré par toutes les équipes de la LNH, il aurait pu choisir une autre voie. Beaucoup l’auraient compris. Mais il a continué. Match après match, saison après saison. Sans garantie, sans promesse, sans savoir si son téléphone sonnerait un jour. Il a finalement décroché son premier contrat professionnel en se présentant comme joueur autonome, signé par les Blue Jackets de Columbus en 2012.

Pendant que d’autres jeunes joueurs bénéficiaient de contrats garantis et d’une attention médiatique importante, lui devait constamment prouver qu’il méritait sa place. Chaque entraînement devenait une audition. Chaque présence sur la glace, un examen. Chaque erreur pouvait lui coûter une occasion. Échangé, rétrogradé dans les ligues mineures, rappelé, il a longtemps fait la navette avant de s’accrocher pour de bon.

Le parcours en bref

Non repêché jamais sélectionné ; signe avec Columbus comme joueur autonome en 2012
5 pi 9 po un gabarit longtemps jugé « trop petit » pour la LNH
2017 réclamé par Vegas au repêchage d’expansion, après une saison-révélation en Floride
2023 Coupe Stanley et trophée Conn Smythe (meilleur joueur des séries)
13 buts en séries 2023 ; 1er non-repêché à gagner le Conn Smythe depuis Gretzky (1988)

Le jour où tout a commencé à changer

Puis, progressivement, quelque chose s’est produit. Les performances ont commencé à parler plus fort que les préjugés. Partout où il jouait, il produisait : des buts, des passes, de l’énergie, du leadership. C’est en Floride, en 2016-2017, qu’il a véritablement éclaté, avec une récolte de 51 points qui a forcé toute la ligue à le regarder autrement.

Les entraîneurs remarquaient son éthique de travail. Les coéquipiers appréciaient sa détermination. Et les organisations qui l’avaient ignoré commençaient à étudier ses statistiques avec une attention nouvelle. Pour la première fois, certains se demandaient s’ils ne s’étaient pas trompés.

Certaines réussites n’appartiennent pas à ceux qui ont reçu le plus d’encouragements. Elles appartiennent parfois à ceux qui ont continué malgré les refus.

La revanche des oubliés

En 2017, une nouvelle équipe voyait le jour : les Golden Knights de Las Vegas. Pour bâtir leur effectif, ils piochaient les joueurs laissés sans protection par les autres clubs. La Floride, qui venait pourtant de le voir briller, a choisi de l’exposer. Vegas l’a réclamé. Avec une poignée d’autres laissés-pour-compte, on les surnommait les Golden Misfits — les « rejetés en or ».

L’athlète que personne ne voulait est alors devenu l’un des joueurs les plus respectés de sa formation. Puis un joueur clé. Puis une vedette. Et au printemps 2023, les Golden Knights ont remporté la Coupe Stanley — en battant, en grande finale, les Panthers de la Floride, l’équipe même qui l’avait laissé partir. Le scénario était presque trop parfait.

Jonathan Marchessault célèbre la conquête de la Coupe Stanley avec les Golden Knights de Las Vegas en juin 2023

Au sommet de cette conquête, Marchessault a reçu le trophée Conn Smythe, remis au meilleur joueur des séries éliminatoires. Avec 13 buts — dont aucun lors des sept premiers matchs, avant une explosion spectaculaire — il est devenu le premier joueur jamais repêché à décrocher cet honneur depuis un certain Wayne Gretzky, en 1988. L’homme qui n’avait même pas été choisi au repêchage figurait désormais aux côtés d’une légende.

Une leçon qui dépasse le sport

L’histoire de Marchessault ne parle pas seulement de hockey. Elle parle de persévérance, de confiance, et de cette réalité que beaucoup connaissent dans leur propre vie. Parfois, les autres ne voient pas notre potentiel. Parfois, une porte se ferme. Puis une autre. Puis plusieurs. La tentation d’abandonner devient immense.

Aujourd’hui, lorsque son nom est mentionné, les commentaires sont bien différents : on parle de son talent, de son leadership, de son parcours exceptionnel. Mais derrière les trophées et les applaudissements demeure une réalité impossible à effacer — à 18 ans, personne ne voulait de lui. Et pourtant, il est devenu champion. Un retour en force que ses débuts laissaient à peine imaginer : son ancienne équipe junior, les Remparts de Québec, a depuis retiré son numéro.

Comme quoi, dans le sport comme dans la vie, les plus belles histoires commencent parfois par un refus.

À méditer

La prochaine fois qu’on vous dira que vous n’êtes « pas assez » — pas assez grand, pas assez prêt, pas assez quelque chose — souvenez-vous qu’un certain numéro 81 a entendu la même chose. Et qu’il a soulevé la Coupe quand même. Et vous, quel « non » allez-vous transformer ?

La Touche | Regard Positif sur le Monde

Cet article vous a-t-il été utile ?
👍 1 · 👎 0 · 1 avis
Article Categories:
Sports

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial