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Le commerce mondial traverse une période de transformation profonde, et le Canada comme plusieurs pays d’Amérique latine se trouvent à un tournant stratégique. À l’Alex Trebek belairdirect Hall, chercheurs, dirigeants industriels et représentants du secteur public se sont réunis pour réfléchir à un thème d’importance : comment faire de la durabilité et de l’innovation verte des moteurs de résilience économique et commerciale à l’heure où les repères traditionnels du commerce mondial se fragilisent.

Diversification et durabilité : une réponse au « désordre mondial »

Au cœur des échanges figuraient les effets d’un « désordre mondial », marqué par des chocs tarifaires, des fractures géopolitiques et un rééquilibrage des forces économiques. Pour les entreprises canadiennes historiquement concentrées sur les États-Unis, ces bouleversements ne sont plus hypothétiques : ils redéfinissent les stratégies d’exportation et les chaînes de valeur.

Le professeur Tommaso Ferretti de l’École Telfer a rappelé que des relations commerciales de longue date peuvent évoluer en l’espace d’un seul cycle politique, soulignant l’importance de diversifier les partenaires commerciaux pour réduire les risques liés aux dépendances historiques.

L’Amérique latine comme partenaire stratégique

Un message fort a émergé dès le début de l’atelier : l’Amérique latine n’est plus une alternative lointaine, mais un partenaire stratégique majeur. Samantha Khoury d’Invest in Canada a souligné une hausse significative de l’intérêt des investisseurs pour des marchés comme le Brésil, le Mexique et le Chili, attirés notamment par des incitatifs liés à la durabilité et un environnement réglementaire stable.

Selon elle, l’incertitude créée par certains marchés traditionnels, loin d’être un obstacle, a ouvert des opportunités négligées, renforçant l’intérêt pour une diversification prudente plutôt que risquée.

Transition énergétique et innovations locales

La professeure Keysa Mascena, de l’Université de Fortaleza, a offert un exemple inspirant de la transformation d’une région brésilienne : l’État du Ceará, autrefois marqué par la rareté d’eau, est aujourd’hui un pôle actif de production d’énergie éolienne, solaire et d’hydrogène vert, attirant des entreprises nationales et internationales.

Son propos a mis en lumière un principe essentiel : l’innovation verte doit être inclusive et ancrée dans la réalité communautaire pour être durable. L’initiative Palma Solar, gérée localement pour produire et consommer de l’énergie au niveau communautaire, en est une preuve concrète.

De la théorie à la pratique : défis et leviers

Outre les perspectives énergétiques, la discussion a aussi porté sur les défis pratiques du commerce vert. Zachary Chrumka d’Exportation et développement Canada a insisté sur l’importance de modèles de financement qui réduisent les risques pour les entreprises souhaitant s’étendre à l’international, notamment via des technologies vertes telles que les biocarburants ou les alternatives biosourcées au plastique.

Il a été souligné que si le financement est un facteur clé, les institutions publiques jouent également un rôle fondamental en identifiant des partenaires étrangers prometteurs pour construire de nouvelles chaînes d’approvisionnement vertes.

Culture d’affaires et commercialisation

Andrea Gardella, d’Alcance Solutions et de la Chambre de commerce Brésil-Canada, a partagé des observations sur les dynamiques d’affaires entre PME des deux côtés de l’Amérique. Elle a noté l’intérêt croissant des PME brésiliennes pour le marché canadien, ainsi que celui des PME canadiennes pour les marchés latino-américains, mais a rappelé que pour réussir, il faut bien plus que la technologie : il faut maîtriser les aspects juridiques, culturels et relationnels propres à chaque contexte d’affaires.

Initiatives de recherche comme fondement d’avenir

Enfin, Arianna Bondi, doctorante en science politique à l’Université McGill, a présenté un projet de recherche international visant à mieux comprendre comment les entreprises équilibrent pression de rentabilité et objectifs de durabilité, dans un monde où les chocs géopolitiques comme les droits de douane américains deviennent des facteurs déterminants.

L’étude, menée en Argentine, au Brésil, au Chili et au Canada, promet d’éclairer les politiques et stratégies commerciales en lien avec l’innovation verte.

Vers un nouveau cadre de coopération

Ce qui ressort de cet atelier n’est pas une unique solution, mais une convergence de perspectives : la diversification des échanges, la durabilité et l’innovation ne peuvent plus être envisagées séparément. Elles constituent désormais un cadre commun pour repenser les relations économiques internationales, dans lequel l’impact communautaire, l’innovation locale et les collaborations entre universités, gouvernements et secteurs privés deviennent essentiels.

Dans un monde fragmenté, cette rencontre a montré qu’il est possible de construire des ponts durables, et que l’innovation verte peut devenir un atout stratégique et compétitif, plutôt qu’un simple fardeau réglementaire.

La Touche | Regard Positif sur le Monde

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Énergie verte

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