L’Alberta, longtemps considérée comme un pilier des énergies propres au Canada, traverse une période difficile. Ce 20 novembre 2025, un article du journal local met en lumière un fait inquiétant : la province connaît un ralentissement marqué des projets solaires et éoliens.
⚠️ D’un leader national à un marché en berne
Pendant plusieurs années, l’Alberta figurait parmi les cinq à dix provinces les plus dynamiques du pays en matière de développement d’énergie renouvelable, qu’il s’agisse de solaire ou d’éolien.
En 2023, 92 % des nouveaux projets d’énergie propre du Canada se trouvaient en Alberta — un chiffre révélateur de l’essor de la transition énergétique dans la province.
Mais aujourd’hui, ce dynamisme s’est effrité. Depuis l’instauration d’un moratoire en 2023 sur les nouveaux projets d’énergie renouvelable dépassant 1 MW, suivi d’un durcissement des règles, le marché connait un net recul.
Ce qui a changé
- Des régulations plus strictes : des zones entières sont désormais inéligibles pour les installations solaires ou éoliennes — notamment les terres agricoles, les prairies naturelles ou les territoires irrigués.
- Des exigences de réhabilitation lourdes : les opérateurs doivent garantir des fonds importants pour le nettoyage des sites en fin de vie, ce qui alourdit fortement les coûts initiaux.
- Un effondrement des accords d’achat d’énergie (PPA) : alors qu’en 2021-2023 des gigawatts étaient contractés chaque année, 2025 marque une année creuse. D’après le Business Renewables Centre Canada, seuls 6 MW de nouveaux contrats ont été signés cette année — là où plus de 1 500 MW l’étaient avant le moratoire.
📉 Un impact concret pour les collectivités locales
La chute des projets ne se limite pas au plan énergétique — elle affecte aussi l’économie des municipalités. En 2024, les revenus tirés de l’énergie renouvelable (taxes, redevances) s’élevaient à environ 54 millions de dollars pour certaines localités.
Mais avec l’arrêt des nouveaux projets, ces revenus sont menacés. Pour certaines municipalités rurales, c’est l’équivalent de 30 à 50 % du budget d’exploitation — une part non négligeable.
Face à ce recul, certaines villes tentent de s’adapter : elles encouragent la micro-génération solaire (toits résidentiels ou commerciaux), ou proposent des programmes de rabais pour équipements solaires afin de préserver un semblant de transition écologique à l’échelle locale.
🔎 Pourquoi ce revirement ? Contextes économique et politique
Deux grands facteurs expliquent cette inflexion :
- Incertitude réglementaire : le moratoire de 2023, les nouvelles règles sur le recyclage des équipements et les contraintes sur l’usage des terres agricoles ont provoqué un désintérêt des investisseurs.
- Réforme du marché de l’électricité : le cadre favorable qui existait auparavant a été modifié — la stabilité offerte par les anciens PPA a disparu, ce qui rend les projets beaucoup plus risqués pour les investisseurs
Dans ce contexte, les promoteurs renoncent à développer de nouvelles fermes solaires ou éoliennes, ou retirent leurs demandes d’approbation. Résultat : un arrêt massif de la croissance des énergies renouvelables dans la province.
🌍 Des contrecoups pour la transition énergétique du Canada
Cet affaiblissement de l’industrie verte en Alberta n’a pas seulement des conséquences provinciales — il pose question à l’échelle nationale. Si une province aussi stratégique ralentit, c’est toute la trajectoire de transition énergétique du Canada qui se retrouve fragilisée.
Des observateurs alertent : l’Alberta pourrait passer du statut de leader des renouvelables à celui de frein dans la décarbonation du pays.
🕯️ Il reste des lueurs d’espoir… mais elles sont fragiles
Malgré la crise, certaines initiatives locales montrent qu’il reste des voies pour maintenir la transition :
- Le nombre de systèmes solaires résidentiels et commerciaux continue d’augmenter, grâce à des programmes municipaux ou individuels d’installation de panneaux solaires.
- Des associations comme Solar Alberta militent encore pour des politiques favorables à la micro-génération, l’efficacité énergétique et des incitations municipales ou provinciales.
- Mais pour que l’Alberta retrouve sa place dans le clean energy : une révision de la réglementation, plus de clarté pour les investisseurs, et un retour des politiques incitatives semblent indispensables.
✅ Conclusion : un tournant pour l’Alberta — mais pas la fin de la route
L’Alberta en 2025 est à un tournant décisif. Le récent ralentissement des énergies renouvelables marque une pause brutale d’un boom vert, mais le potentiel reste réel — si les choix politiques et économiques s’orientent à nouveau vers l’énergie propre.
Ce recul sert d’avertissement : la transition énergétique n’est pas automatique, elle demande des cadres stables, un soutien politique, et une vision à long terme. L’Alberta l’a un jour compris. Reste à voir si la province saura — ou voudra — renouer avec son ambition verte.
