Il y a quelque chose de presque imperceptible dans la manière dont le Canada avance aujourd’hui sur la question énergétique. Rien de spectaculaire, pas de grand récit triomphant — plutôt une série de décisions, d’ajustements, de signaux faibles qui, mis bout à bout, commencent à dessiner une direction.
En ce début de printemps 2026, alors que les paysages se dégèlent peu à peu, le pays semble lui aussi sortir d’une forme d’attente. Pendant des années, il a été question d’objectifs, de promesses, de trajectoires à long terme. Désormais, il est davantage question de moyens.
Fin mars, Ottawa a annoncé un financement d’un peu moins de 30 millions de dollars pour soutenir plusieurs projets liés aux technologies propres. À première vue, le montant peut sembler modeste à l’échelle d’un pays comme le Canada. Pourtant, ce n’est pas tant l’ampleur qui frappe que la nature des projets accompagnés.
On ne parle plus seulement d’installer des infrastructures visibles, comme des éoliennes ou des panneaux solaires. Ce qui se joue ici est plus discret : des technologies de captage du carbone, des procédés industriels moins émetteurs, des systèmes capables d’optimiser ce qui existe déjà. Une transition moins spectaculaire, mais plus profonde.
Quelques jours plus tard, une autre annonce est venue compléter ce mouvement, presque en arrière-plan. La mise en place d’un Conseil de la taxonomie et de la transition. Derrière ce terme un peu technique, une réalité assez simple : essayer de définir clairement ce qui mérite — ou non — d’être considéré comme un investissement “vert”.
Ce type d’initiative peut sembler abstrait. Et pourtant, il touche à quelque chose de très concret. Car la transition énergétique ne dépend pas uniquement des innovations ou des infrastructures. Elle dépend aussi de la confiance. De la capacité des investisseurs, des institutions, des entreprises à savoir où placer leur argent sans participer, même indirectement, à ce qu’ils cherchent justement à éviter.
Sur ce terrain-là, le Canada avance avec prudence, presque avec méthode. Il ne s’agit plus seulement d’aller vite, mais d’aller de manière crédible.
Dans cet ensemble, le Québec occupe toujours une place un peu à part. Non pas comme un modèle parfait, mais comme un espace où certaines choses sont déjà en place depuis longtemps. L’hydroélectricité, bien sûr, qui donne à la province une base énergétique largement décarbonée. Mais aussi une certaine habitude de penser l’énergie à l’échelle d’un système, et non d’une simple ressource.
Ce qui change aujourd’hui, c’est la manière dont ce socle est utilisé. On parle davantage de stockage, de gestion intelligente des réseaux, d’équilibre entre production et consommation. Des sujets moins visibles, mais essentiels dès lors que l’on cherche à aller plus loin.
Ailleurs au pays, la situation est plus contrastée. Certaines provinces avancent rapidement, d’autres composent encore avec un héritage plus dépendant des énergies fossiles. Ce décalage n’est pas nouveau, mais il devient plus sensible à mesure que les exigences climatiques se précisent.
Ce qui ressort, au fond, c’est une impression de transition qui s’installe sans vraiment se mettre en scène. Pas de bascule nette, pas de rupture évidente. Plutôt une accumulation de décisions qui, progressivement, rendent certains retours en arrière de moins en moins possibles.
Ce n’est peut-être pas le type de transformation qui attire immédiatement l’attention. Mais c’est souvent ainsi que les changements durables prennent racine.
La Touche | Regard Positif sur le Monde
