À Brampton, en Ontario, une toute nouvelle faculté de médecine forme une génération de médecins de famille pour répondre à la grave pénurie qui touche le Canada. Son ambition : des médecins qui ressemblent davantage aux patients qu’ils soigneront.
L’objectif de l’École de médecine de l’Université métropolitaine de Toronto (TMU) est de former des praticiens qui connaissent mieux leurs patients — leur langue, leur culture, et jusqu’à leurs habitudes alimentaires — afin de mieux répondre à leurs besoins de santé, sans craindre que leurs conseils ne soient mal compris. Une approche qui pourrait changer beaucoup de choses dans une région où des centaines de milliers de personnes n’ont pas de médecin de famille.

« C’est formidable de pouvoir faire quelque chose qui me passionne autant, et de le faire dans la ville où j’ai grandi. »
Soigner les siens, dans sa propre ville
Ces mots sont ceux de Gurleen Kaur Chahal, étudiante de première année originaire de Brampton, recueillis par le Dr Brian Goldman, animateur de l’émission White Coat, Black Art à la radio de CBC. À 25 ans, elle veut faciliter l’accès au système de santé canadien pour les familles comme la sienne — un système qui « honore et respecte leur dignité » et leur culture. Une autre étudiante, Samah Osman, arrivée enfant au Canada comme réfugiée du Soudan, raconte avoir dû servir d’interprète à ses parents : « Ce n’est pas idéal qu’un enfant traduise pour un parent », confie-t-elle, soulignant à quel point la barrière de la langue peut peser dans un cabinet médical.
C’est précisément là que cette école veut faire la différence. Car l’un des sujets les plus fréquents entre un patient et son médecin de famille — l’alimentation — est aussi l’un de ceux où les malentendus culturels sont les plus courants.
Une première en plus d’un siècle
Selon l’Université métropolitaine de Toronto, il s’agit de la première nouvelle faculté de médecine à ouvrir ses portes dans la région du Grand Toronto depuis plus de cent ans — et de la première de tout l’Ontario depuis vingt ans. Lancée en septembre 2025, elle a vu le jour dans un ancien centre municipal de Brampton, dont l’ancienne bibliothèque accueille désormais, en partie, la bibliothèque médicale de l’école.
La sélection a été redoutable : sur quelque 6 400 candidatures, seules 94 ont été retenues pour la première promotion, indique la doyenne fondatrice, la Dre Teresa Chan. Tous les étudiants sont canadiens, la plupart originaires de l’Ontario, et l’on espère que beaucoup choisiront d’exercer dans les environs. Un peu plus de 100 résidents en médecine ont également entamé leur formation cet été.
La nouvelle école en chiffres
| 94 admis | Sur quelque 6 400 candidatures pour la première promotion |
| +100 | Résidents en médecine ont aussi commencé leur formation cet été |
| 100 ans | La première nouvelle faculté de médecine du Grand Toronto en un siècle |
| 430 000 | Personnes sans médecin de famille attendues dans la région de Peel d’ici 2026 |
Une réponse à une pénurie criante
Le besoin est immense. À la mi-2024, on comptait environ 2,5 millions d’Ontariens sans médecin de famille, et le Collège des médecins de famille de l’Ontario estime que, dans la seule région de Peel — qui englobe Brampton, Mississauga et Caledon —, ce nombre pourrait atteindre 430 000 personnes. Or les recherches sont claires : les patients privés de médecin de famille se tournent davantage vers les urgences et finissent plus souvent hospitalisés.
Brampton, l’une des villes les plus diversifiées et à la croissance la plus rapide du pays, est aussi l’une des plus mal desservies sur le plan médical. D’où le pari de former, sur place, des généralistes attachés à leur communauté. « Le monde a besoin de plus de généralistes », résume la Dre Chan, qui rappelle que la plupart des médecins s’installent là où ils ont fait leur résidence.
Former des médecins là où ils ont grandi, pour qu’ils restent soigner ceux qui les ont vus grandir.
Un pari sur l’avenir
L’expérience a déjà fait ses preuves ailleurs : selon un rapport de 2024 de l’École de médecine du Nord de l’Ontario, plus de la moitié de ses diplômés depuis 2009 exercent aujourd’hui dans le nord de la province. En misant sur l’ancrage local et la sensibilité culturelle, Brampton espère reproduire ce cercle vertueux. « J’espère que les enfants qui venaient ici chercher des livres deviendront ceux qui y viendront, sac au dos, étudier la médecine », confie la doyenne, en clin d’œil à l’ancienne bibliothèque devenue salle d’étude.
Au fond, l’idée est simple et belle : pour mieux soigner une communauté, rien ne vaut des médecins qui en sont issus — et qui parlent, vraiment, la même langue que leurs patients.
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