Longtemps considérée comme une simple habitude de vie, la marche est aujourd’hui reconnue comme un véritable outil thérapeutique — au point d’apparaître, parfois, noir sur blanc, sur une ordonnance.
Pendant des décennies, la prescription médicale ressemblait souvent à la même scène : médicaments, analyses, examens complémentaires ou traitements spécialisés. Mais dans certaines cliniques et centres de santé, une recommandation inhabituelle apparaît désormais sur certaines ordonnances : marcher. Pas uniquement pour rester en forme, ni seulement pour perdre du poids, mais comme intervention reconnue pour améliorer la santé physique et mentale.

Ce qui pouvait sembler anecdotique il y a quelques années est aujourd’hui soutenu par un nombre croissant de recherches. Les spécialistes observent que la marche régulière agit simultanément sur plusieurs dimensions de la santé : le système cardiovasculaire, le sommeil, le niveau de stress, la concentration et même certaines formes d’anxiété. Une évolution qui marque un vrai changement dans la façon dont la médecine envisage la prévention.
La marche ne nécessite ni abonnement, ni équipement, ni préparation. Quelques dizaines de minutes par jour suffisent souvent pour produire des effets mesurables.
Une ordonnance qui surprend parfois les patients
Lorsque certains patients consultent pour de la fatigue, du stress chronique ou des difficultés à retrouver un équilibre de vie, ils s’attendent rarement à entendre parler de sentiers, de parcs ou de promenades quotidiennes. Pourtant, plusieurs professionnels considèrent désormais que l’activité physique modérée représente l’une des interventions les plus accessibles et les plus efficaces disponibles.
L’Organisation mondiale de la santé recommande d’ailleurs au moins 150 minutes d’activité modérée par semaine — un objectif qu’une simple marche quotidienne permet largement d’atteindre. Et l’effet d’une recommandation écrite n’est pas anodin : les études montrent que les patients passent plus facilement à l’action lorsqu’un conseil prend la forme d’une véritable ordonnance.
La nature comme partenaire de santé
Les chercheurs s’intéressent aussi à l’environnement dans lequel cette marche est pratiquée. Marcher dans un espace naturel semble produire des bénéfices différents de ceux observés en milieu fortement urbanisé : le contact avec les arbres, les espaces verts ou les plans d’eau contribuerait à faire baisser certains marqueurs du stress, comme le cortisol.
Cette idée s’est concrétisée jusque dans le système de santé canadien. Lancé en novembre 2020 par la Fondation des parcs de la Colombie-Britannique, le programme PaRx — premier programme national de prescription de la nature au pays — outille les professionnels de la santé pour qu’ils « prescrivent » du temps dehors. La règle est simple à retenir : au moins deux heures par semaine dans la nature, par séances d’au moins 20 minutes. Les médecins inscrits peuvent même remettre gratuitement à leurs patients une carte Découverte de Parcs Canada, d’une valeur d’environ 72 $. Le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande et plusieurs pays nordiques ont développé des initiatives comparables.
La prescription, en chiffres
| 2 h / semaine | la « dose » de nature recommandée, par séances d’au moins 20 minutes (PaRx) |
| 150 min / semaine | d’activité modérée recommandées (Organisation mondiale de la santé) |
| Nov. 2020 | lancement de PaRx, 1er programme national de prescription de la nature au Canada |
| 80+ | organisations de santé l’appuient, dont l’Association médicale canadienne |
Dans un monde saturé d’écrans et de notifications, la marche est devenue une activité étonnamment radicale : elle ralentit le rythme.
Une réponse à un problème moderne
Cette évolution intervient à un moment particulier. Jamais les populations n’ont passé autant de temps devant des écrans ; jamais les journées n’ont été aussi remplies de notifications, de sollicitations numériques et d’informations en continu. Dans ce contexte, la marche apparaît comme une activité étonnamment simple. Elle favorise l’observation et crée un moment où l’esprit peut s’éloigner temporairement des écrans et des obligations. Pour plusieurs spécialistes, ses bénéfices dépassent largement la seule dépense physique.
Une médecine qui regarde aussi le mode de vie
Les systèmes de santé font aujourd’hui face à une augmentation des maladies chroniques, des troubles liés au stress et des problèmes de santé mentale. Cette réalité pousse de nombreux experts à repenser la place de la prévention : plutôt que d’intervenir uniquement lorsque la maladie apparaît, l’objectif devient d’agir plus tôt. La marche s’inscrit parfaitement dans cette logique.
Elle ne remplace évidemment pas les traitements médicaux lorsqu’ils sont nécessaires — les responsables de PaRx eux-mêmes le rappellent. Mais elle peut devenir un complément précieux dans une approche globale du bien-être.
Le retour d’une évidence
La véritable surprise n’est peut-être pas que les médecins recommandent davantage la marche. Elle est plutôt d’avoir parfois oublié à quel point une activité aussi simple pouvait influencer notre santé. Dans un monde où les innovations médicales deviennent toujours plus sophistiquées, l’une des recommandations les plus prometteuses reste parfois la plus accessible.
Sortir. Marcher. Respirer. Et redécouvrir que certains remèdes existaient déjà bien avant les technologies modernes.
La Touche | Regard Positif sur le Monde




