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À Frelighsburg, petite communauté des Cantons-de-l’Est, on voit arriver de nouveaux résidents venus chercher quelque chose devenu rare : du temps, de l’espace et le sentiment d’appartenir à un endroit.

La première fois que Sophie est arrivée à Frelighsburg, elle ne comptait y passer qu’une fin de semaine. Elle vivait alors à Montréal. Comme beaucoup de professionnels, elle travaillait à distance plusieurs jours par semaine et ressentait de plus en plus le besoin de s’éloigner du rythme effréné de la ville. Une amie lui avait parlé de ce village niché tout près de la frontière du Vermont.

Elle est venue par curiosité. Quelques rues paisibles, des maisons centenaires, des collines verdoyantes, des commerces de proximité où les gens se saluent encore par leur prénom. Rien d’extraordinaire à première vue. Et pourtant, quelque chose l’a frappée.

« J’avais l’impression que le temps avançait différemment ici. »

Quelques mois plus tard, elle faisait ses cartons. Aujourd’hui, elle fait partie d’un nombre croissant de personnes qui choisissent de quitter les grands centres urbains pour s’installer dans de petites communautés. Et Frelighsburg n’est plus tout à fait un secret.

Un village qui attire bien au-delà de ses frontières

Avec un peu plus de 1 100 habitants, Frelighsburg ne ressemble pas à une destination capable d’attirer l’attention. Pourtant, blotti au pied du mont Pinacle et traversé par la rivière aux Brochets, le village est régulièrement cité parmi les plus beaux du Québec. Son patrimoine d’origine loyaliste, ses vergers de pommes réputés et sa vie artistique en font un lieu qui attire des milliers de visiteurs chaque année.

Certains arrivent de Montréal ou de Québec, d’autres de Toronto, et quelques-uns découvrent même la région après avoir immigré au Canada. Tous semblent chercher la même chose : un mode de vie différent. Et le mouvement se mesure : ces dernières années, Frelighsburg a figuré parmi les municipalités de Brome-Missisquoi dont la population a le plus augmenté, avec une croissance de l’ordre de 5 à 6 %.

Frelighsburg en bref

~1 100 hab. une petite communauté de l’Estrie (Cantons-de-l’Est), MRC de Brome-Missisquoi
+5 à 6 % croissance démographique récente, parmi les plus fortes de la MRC (La Voix de l’Est)
Mont Pinacle collines, rivière aux Brochets et vergers de pommes, à deux pas du Vermont
Patrimoine héritage loyaliste, vie artistique et agricole ; cité parmi les plus beaux villages du Québec

La recherche d’une vie plus simple

Depuis plusieurs années, un phénomène social discret prend de l’ampleur. Après avoir longtemps associé la réussite aux grandes villes, de nombreuses personnes redéfinissent leurs priorités. Le temps passé dans les transports, le coût du logement, le bruit, le stress, la densité : pour certains, ces éléments pèsent désormais davantage que les avantages de la métropole.

L’essor du télétravail a accéléré cette réflexion. Pourquoi vivre dans une ville où le coût de la vie explose, si le travail peut être effectué depuis presque n’importe où ? Cette question a poussé de nombreuses familles à explorer de nouvelles possibilités — et les régions situées à une heure ou deux des grands centres, comme les Cantons-de-l’Est, en ont été les premières bénéficiaires.

Une communauté qui mise sur la proximité

Ce qui attire les nouveaux arrivants n’est pas seulement le paysage. C’est aussi la dimension humaine. Dans plusieurs grandes villes, on peut vivre des années dans un quartier sans connaître ses voisins. À Frelighsburg, la réalité est différente : les événements communautaires remplissent encore les places publiques, les commerces locaux jouent un rôle central dans la vie du village, et les habitants participent activement aux projets collectifs. Pour plusieurs nouveaux résidents, cette proximité représente une richesse qu’ils avaient perdue.

Et si la qualité de vie était devenue le véritable luxe de notre époque ?

Un phénomène qui dépasse le Canada

Ce mouvement n’est pas unique au Québec. Partout dans le monde, certaines petites communautés connaissent un regain d’intérêt. En Europe, aux États-Unis et en Australie, de nombreux villages observent l’arrivée de nouveaux résidents attirés par une meilleure qualité de vie. Les chercheurs parlent parfois de migration de mode de vie : une décision qui n’est plus uniquement motivée par le travail ou l’économie, mais aussi par le bien-être.

Le phénomène n’est d’ailleurs pas nouveau dans les Cantons-de-l’Est. Des travaux universitaires sur l’« exode urbain » de la région avaient déjà montré qu’environ un tiers de ces nouveaux arrivants venaient de Montréal, et qu’au-delà de la simple expansion des banlieues, une partie d’entre eux fuyaient carrément le modèle urbain, au nom d’un changement de valeurs.

Un changement de valeurs

Ce qui rend le phénomène fascinant, c’est qu’il reflète une transformation plus profonde. Pendant des décennies, la réussite était souvent associée à la vitesse. Aujourd’hui, certaines personnes recherchent exactement l’inverse : davantage de temps, davantage d’espace, davantage de relations humaines, davantage de nature.

Frelighsburg est devenu l’un des symboles de cette évolution. Non parce qu’il serait parfait, mais parce qu’il incarne une réponse possible à une question que de plus en plus de gens se posent.

Un village qui inspire au-delà de ses collines

Chaque année, de nouveaux visiteurs découvrent ce coin paisible des Cantons-de-l’Est. Certains repartent après quelques jours, d’autres reviennent régulièrement, et quelques-uns décident finalement d’y construire leur avenir. Pour Sophie, la décision n’a jamais été regrettée.

« Je croyais venir chercher le calme. Finalement, j’ai surtout trouvé une communauté. »

Peut-être est-ce là la véritable raison pour laquelle certaines petites municipalités attirent aujourd’hui l’attention bien au-delà de leur région. Elles offrent quelque chose que la modernité n’a jamais réussi à remplacer.

Le sentiment d’appartenir à un endroit.

À méditer

On déménage souvent pour fuir quelque chose — le bruit, les coûts, la vitesse. Mais ceux qui restent racontent presque tous la même chose : ils sont restés pour ce qu’ils ont trouvé, pas pour ce qu’ils ont quitté. Et vous, qu’est-ce qui vous retiendrait quelque part ?

La Touche | Regard Positif sur le Monde

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